vendredi 14 juillet 2017

MOI LA MORT JE L'AIME COMME VOUS AIMEZ LA VIE

DUEL PSYCHOLOGIQUE AVEC UN MONSTRE
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En mars 2012 le tueur de Montpellier et de Montauban est retranché dans son appartement, cerné par le RAID. Dans les jours précédents il a tué trois militaires, trois enfants juifs et un professeur dans une école. Pendant près de deux jours de négociations les policiers vont tenter de mieux cerner le personnage pour l'amener à se rendre. En vain. Le RAID finira par donner l'assaut tuant le meurtrier, enlevant ainsi aux familles des victimes toute possibilité de procès. Le public retient le nom du meurtrier, répété sans cesse sur les chaînes d'information, mais ne connaîtra pas celui des victimes. J'ai choisi de ne pas le nommer.

Mohamed KACIMI a créé ce spectacle en s'appuyant sur les verbatim des échanges entre le tueur et les policiers. Ceux-ci ont été publiés dans Libération. L'auteur en a tiré un texte pour le théâtre. D'un côté de la scène deux murs en angle droit symbolisent l'appartement de l'assassin. De l'autre côté le policier. Pour seuls accessoires quelques papiers pour l'un, une chaise et une bâche pour l'autre.

Charles Van de Vyver est le policier, le négociateur qui va déployer tact et patience pour tenter d'obtenir du forcené toutes les informations qui permettraient de reconstituer son parcours, ses motivations, ses soutiens, ses sources de financement, ses secrets, savoir s'il a agi seul ou non, quels étaient ses appuis. Tel un équilibriste il est constamment sur le fil. Chaque mot, chaque intonation peut ruiner tous les efforts précédents. Il faut adopter le langage du fou retranche, le questionner sans se montrer inquisiteur, doser la réaction à ses provocations, ne rien montrer de ce que le négociateur peut ressentir lui-même à son égard. Froid, calme, posé, usant de la voix et de la colère uniquement lorsque cela est nécessaire, le comédien fait passer toute la difficulté de la situation.

Yohan Hance est le tueur retranché dans un appartement. Le spectacle fait le portrait d'un jeune nourrit de la violence des jeux vidéo (il était accro à Call of Duty), qui ne fait pas la différence entre le jeu et la réalité, dont la seule inquiétude semble être de savoir si sa mère sait ce qu'il a fait. Aucun remords, aucun regret dans les paroles du tueur, si ce n'est de ne pas avoir pu faire plus de victimes. Les enfants juifs ? "ce ne sont pas des enfants, ce sont des cibles". Sa préoccupation au moment où il est cerné : savoir quelles chaînes de télé sont présentes et les informations transmises à BFM. A quoi pensait-il lors de ses actions "je pensais à Call of Duty, à Youtube". Un gosse nourrit de la violence des jeux vidéo et des informations.

Alors qu'avait lieu la dernière représentation dans le Festival OFF une polémique stérile naissait à propos du spectacle, une association en demandant l'interdiction, l'accusant de faire l'apologie du tueur et de l'antisémitisme. Tous ceux qui auront vu la pièce, déjà jouée à Paris en 2015 ou lu les verbatims parus dans Libération au moment des faits, s'étonneront de cette polémique. A aucun moment on n'est en empathie avec le tueur. L'objectif n'a jamais été d'en faire un héros mais bien de tenter de démontrer les mécanismes psychologiques et environnementaux qui amènent un jeune homme à devenir un monstre. Objectif atteint.

Moi la mort je l'aime comme vous aimez la vie, de Mohamed Kacimi, mise en scène Yohan Manca assisté de Julie Moulier, avec Yohan Manca, Charles Van de Vyver

En bref : Du théâtre documentaire nécessaire pour comprendre l'enfermement psychologique de ces tueurs fous. 

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
La Manufacture - La patinoire
Rue des Ecoles 84000 Avignon
du 6 au 11 juillet 2017 - 17h20

Ce sera 
CDN Normandie Rouen
Mont Saint Aignon
Du 5 au 9 décembre 2017

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