vendredi 14 juillet 2017

LAÏKA

JÉSUS CHEZ LES LAISSES POUR COMPTE*****



Dans un bar un homme boit un pastis et nous interpelle sur le fait que "la voûte céleste s'affaisse plusieurs kilomètres. Il n'y a pas de littérature scientifique sur le sujet parce que les scientifiques n'ont pas encore inventé d'instrument pour qui permette de mesurer le glissement du ciel. Et pourtant tous les êtres vivants de la création ressentent la mutation qui est en cours. Des cent mille nègres morts au fond de la mer jusqu'à une petite chienne en orbite autour de la terre...Laïka"

Ainsi commence LAÏKA, la deuxième collaboration entre Ascanio CELESTIN et David MURGIA après Le discours à la nation. Dans un décor fait d'un petit rideau rouge en centre de scène, s'ouvrant sur des casiers d'emballages et un accordéoniste, David MURGIA s'élance dans un monologue en forme de prêche athée en faveur des laissé pour compte de la société.

Un texte rêche, âpre, dense, cynique et drôle, dit avec énergie. Il y a de la colère dans la rapidité de la diction de David MURGIA, sans en perdre sa précision et sa clarté. Il lance un regard bienveillant sur ces déshérités (des ouvriers africains et manutentionnaire en gréve, un SDF qui campe devant le supermarché, une vieille dame à la tête emmêlée, la prostituée de l'immeuble. Une révolte sourde qui ne demandait qu'à s'exprimer, comme une pensée longtemps contenue qui se déverse rapidement de peur de ne pas avoir le temps de tout dire, de tout balancer, un constat sur l'état du monde.

Ascanio Celestin donne la parole à ces destins brisés. David MURGIA la porte avec force et détermination, comme une urgence à dire. Ce faisant il nous force, nous public, à nous interroger sur le regard que nous leur portons, ou plutôt que nous ne leur donnons pas à ces victime d'une société de consommation toujours plus gourmande. Eux que nous yeux ont choisi d'ignorer, que nous ne jugeons pas dignes de notre intérêt, même pour quelques secondes. Parce que si nous les regardons nos yeux ne pourront plus les quitter et nous devront leur parler. Des vies brisées. "Les trois alliés du capitalisme sont la peur, la faim et la pauvreté". Des vies fragmentées. Des fragments d'humanité. David MURGIA se fait conteur pour nous les rapporter, leur accorder un regard sensible, bienveillant et porteur d'espoir.

Avec ces répétitions, ses accélérations, ses temporisations, le texte et la performance de l'acteur captivent, fascinent. A plusieurs reprises une voie off féminine, accompagnée par le geste de l'accordéoniste (Maurice Blanchy) offre des pauses dans le flot de paroles.

Précédemment remarqué avec le Raoul Collectif (Le signal du promeneur), David MURGIA avec son phrasé au débit parfois vertigineux livre une performance remarquable.

LAÎKA, de et mis en scène par Ascanio Celestin, avec David Murgia, Maurice Blanchy, voie off Yolande Moreau

En bref : un texte dense qui donne la parole aux laissés pour compte de la société de consommation. Une remarquable interprétation de David MURGIA. Une urgence à dire.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture - La Patinoire
Avenue des Ecoles
Les 12-13 et 14 juillet 2017 - 17h20 - Durée 1h40 (navette comprise)


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