jeudi 25 septembre 2014

JE NE SERAI PLUS JAMAIS VIEILLE

UNE FEMME SE LIBÈRE

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UNE FEMME BRISÉE PAR LA VOLONTÉ D'UN HOMME

Elle s'appelle Adèle. Elle est assise dans un rocking-chair, enroulée dans sa robe de chambre rouge sang. "Je suis fatiguée" dit-elle pour justifier son apathie.  Elle était une architecte brillante, avec des projets de transformation d'une prison, mais heureusement Guillaume lui a ouvert les yeux et lui a montré que son projet ne tenait pas la route. Guillaume a su lui faire comprendre qu'il lui fallait faire une pause. Guillaume qui veille sur elle, prend soin d'elle. Guillaume, son ange gardien. Et puis il y a Luba qui vient tous les jours nettoyer sa crasse, Luba et son accent , Luba, son souffre-douleur.

Luba, le témoin de cette lente et longue descente aux enfers. Petit à petit Adèle va nous dévoiler la raison de sa fatigue et nous révéler la vraie nature de Guillaume. Il n'est pas seulement l'associé qui à force de harcèlement moral l'a écartée de son propre cabinet, il est aussi le mari qui brutalise sa femme.

BOULEVERSANTE - UNE VIOLENCE TÉTANISANTE

Christine CITTI livre une interprétation bouleversante de cette femme victime de l'engrenage malsain dans lequel l'a entraînée l'homme qu'elle (pense) aimer et soit disant aimant. Ce qui est débord décrit comme un harcèlement moral, gangrène insidieuse du monde du travail, se double ici du harcèlement moral et physique au sein d'un couple. La violence conjugale qui se cache derrière le rideau des convenances sociales, celle qui tue plus de 170 femmes en France chaque année, celle qu'1 femme sur 10 dit subir au sein de son couple, celle qui transforme l'acte d'amour en viol répété et légitimé. Cette violence montrée ici dans toute son horreur, son ignominie. Une violence tétanisante, tant pour Adèle, la victime, que pour nous, spectateurs, qui assistons impuissants à son récit.

PLUS DURE SERA LA CHUTE

Le récit d'une lente déshumanisation, d'une perte d'identité, d'une perte du respect de soi-même. Adèle, femme bafouée par la volonté d'un être que l'on ne peut qualifier d'homme. Adèle, femme brillante, belle, elle dont le métier est de réhabiliter, de transformer, de reconstruire, elle qui évolue dans un milieu social privilégié, réduite à un être battu, dénigré, nié, qui se débat, tremble, impuissant à réagir, que l'on a envie de secouer pour la forcer à sortir de cet état second, de son statut de victime.

Non Adèle n'est pas vieille. Non Adèle ne doit pas être réduite à cette robe de chambre rouge sang et à ses chausson de mamie. Adèle doit redevenir cette femme en robe noire et élégante, chaussant ses talons hauts. Cette tenue dans laquelle elle est vraiment elle et pas seulement pour faire plaisir à Guillaume lors des dîners mondains avec leurs amis, ses amis.

Car nous n'avons aucune compassion pour son bourreau, Guillaume, le gentil tortionnaire. Qui pourrait croire que ce homme si charmant et charmeur pourrait commettre chaque soir sur cette épouse qu'il valorise en public un viol conjugal abjecte, ahurissant, scandalisant,ignoble.

Et puis il y a Luba. Qui est-elle ? Femme de ménage souffre-douleur ? Victime qui s'est rebellée ? Sursaut de la voix intérieure d'Adèle qui la pousse à se relever, à se redresser, à chausser ses chaussures de femme et non plus ses chaussons de mamie ? Luba, incarnation de l'impulsion externe qui donnera à Adèle le courage de remettre un pied devant l'autre pour croire à nouveau que le bonheur est possible ailleurs.

L'enfermement dans lequel Adèle est retenue prisonnière est renforcé par la scénographie : deux panneaux qui réduisent l'espace de jeu à l'envergure des bras. Le fauteuil à bascule, celui qui berce les squelettes fatigués de vieilles femmes, celui qui permet à la jeune mère de bercer confortablement son enfant. Refuge sécurisant qui devient instrument de l'enfermement physique et psychologique. Et pour tous accessoires une paire de chaussons, une robe de chambre, une petite robe noire, des chaussures élégantes.


UN TEXTE FORT QUI DENONCE

Un moment d'une grande intensité grâce aux extraordinaires qualités de jeu de Christine CITTI qui utilise une large palette d'émotion pour nous faire le récit de cette vie qui ne sera pas brisée, de cette révolte.

La mise en scène de MARTINELLI est épurée, oppressante, donne à penser l'état d'esprit dans lequel cette femme est enfermée, les murs qui se sont dressés autour d'elle, proches, réels ou imaginaires.

Un spectacle à voir parce qu'il dérange, parce qu'il porte la voix de toutes celles qui subissent en silence tant elles sont persuadées que personne ne croira en leur statut de victime. Parce qu'il démontre les mécanismes du harcèlement. Parce qu'il faut pouvoir les reconnaître autour de soi et en soi. Car à un degré ou un autre nul n'est entièrement à l'abri, ni dans son couple, ni dans son univers professionnels, tout aussi fort peut-on se croire.


PARIS DES FEMMES


"Je ne serai plus jamais vieille" est née lorsque Anne ROTENBERG, Michèle FITOUSSI et Véronique OLMI m'ont invitée au Festival du "Paris des Femmes" en janvier 2014. J'ai tout de suite eu envie d'aborder une problématique souterraine qui pourtant touche de plus en plus de femmes : le harcèlement moral. Je voulais que ce texte soit autant une prise de conscience qu'un remerciement à la vie, aux autres rencontres, qui vous donnent à nouveau la lumière. Fabienne Périneau

Nous connaissons tous des Adèle ou des Lubas. Que se passe-t-il derrière les rideaux tirés,  les portes fermées ? Fabienne PERINNEAU tire les rideaux, ouvre les portes. Christine CITTI

POUR EN SAVOIR PLUS
Allez sur la page facebook de la pièce en cliquant ICI

En bref : Un texte dur qu'il faut entendre dans toute sa force et sa vérité, portée par Christine CITTI, remarquable comédienne qui est tout à tour sensible, forte, fragile, femme perdue, femme prédatrice, femme fragile, femme puissante. Pour ouvrir les yeux.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
36 Rue des Mathurins 75009 PARIS
Métro Madeleine, Saint Lazare


Du mardi au samedi à 21h

Matinée le samedi à 17h
Durée : 1h

Crédit photo @Pascal Victor

Vu le 12/09/14 - Théâtre des Mathurins

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