lundi 15 janvier 2018

HISTOIRE DU SOLDAT

QUAND STRAVINSKY REVISITE FAUST
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Reprise au Poche Montparnasse d'un succès public et critique de la fin de saison 2016/2017. Une fable de 1918 née de l'amitié entre Stravinski et Ramuz. Petite déception malgré de bons comédiens


LE MYTHE DE FAUST

Bénéficiant d'une permission de 15 jours un jeune soldat rescapé de la guerre croise la route du diable. Il lui vend son violon (son âme) contre un livre qui lui permettra d'être riche. La transaction lui permettra-t-elle pour autant de trouver le bonheur ?

Cette réécriture du mythe de Faust est le fruit de l'amitié entre le compositeur Igor Stravinski et l'écrivain et poète suisse Ramuz. Ecrit en 1918, avant la fin de la Première Guerre mondiale, cette fable musicale et théâtrale était destinée à une forme de théâtre itinérant, pour aller au-devant d'un public qui n'y avait pas accès à cette forme de culture. Elle s'inspire d'un conte populaire russe.

Sur la petite scène du théâtre du Poche les 7 musiciens et le chef d'orchestre sont bien tassés. Trompette, flûte, hautbois, batterie, violoncelle, violon et tuba laissent peu de place aux trois comédiens qui nous présentent cette forme de théâtre originale.

BELLE INTERPRÉTATION MAIS...

Claude Aufaure en est le narrateur. Entre parlé et parole chantée ou tout du moins en rythme avec la musique (cela s'appelle le sprechgesang nous apprend @spectatif) il est le spectateur actif de l'histoire de ce soldat qui vend son âme au diable. C'est Julien Alluguette qui reprend le rôle du soldat. Il lui donne avec réussite la jeunesse et la naïveté qui sied au personnage. Lucinio Da Silva est un diable fourbe et malin comme il se doit. Sautillant, envoûtant, il manipule le pauvre gamin dont on imagine tout ce qu'il a vécu au combat et combien il peut aspirer à retrouver son village, sa maison, sa mère, en un mot comme en cent : la paix. Et même s'il est jeune et encore relativement innocent, il garde suffisamment de lucidité pour essayer de contourner les pièges que le diable dresse sur sa route pour l'empêcher d'atteindre son but.

La princesse (Aurélie Loussouar ou Malou Utricht en alternance) est une danseuse. Apparaissant par magie du fond de la salle elle surgit et telle une ballerine de boÏte musicale elle offre un moment de poésie dont la magie est atténuée par le peu d'espace dont elle dispose, donnant une danse un peu rigide.

La musique de Stravinski est omniprésente. On aimerait parfois qu'elle le soit moins. face à la contrainte spatiale imposée par la présence sur scène de ce petit orchestre, la mise en scène est réduite à sa plus simple expression, ce qui sied bien à la forme de la fable. Les 7 jeunes musiciens de l'orchestre-atelier Ostinato sont très bien dirigés par leur chef d'orchestre. Les notes concourent à créer une atmosphère onirique et l'osmose se fait avec les comédiens.

Malgré toutes ces qualités le charme n'a pas opéré sur moi. Les trois comédiens sont excellents mais la fable et les mésaventures de ce jeune soldat ne m'ont pas vraiment touchée.


Histoire du soldat de Ramuz et Stravinsky, mis en scène par Stéphan Druet, direction musicale Jean-Luc Tingaud, chefs d'orchestre (en alternance)Olivier Dejours, Jean-Luc Tingaud et Loïc Olivier, avec Claude Aufaure, Julien Alluguette, Lucinio Da Silva, Aurélie Loussouarn ou Malou Utrecht (en alternance).

En bref : une fable entre théâtre et musique, portée par un orchestre jeune et au talent prometteur accompagnant trois comédiens dont les qualités ne sont pas en reste, mais qui au final n'a pas su me toucher sans que je sache vraiment dire pourquoi.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
75 Boulevard du Montparnasse 75006 Paris
A partir du 4 janvier 2018
du mardi au samedi 19h - dimanche 17h30


Vu janvier 2018 - Poche Montparnasse Paris
Crédit photo @Brigitte Enguerrand

lundi 8 janvier 2018

CARNET DE NOTES

BALADE SUR LES BANCS DE L'ECOLE
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De la primaire au bancs de la fac, de l'école de Jules Ferry au collège unique, de la classe à la cour de récré, tous les âges et tous les moments du temps scolaire sont déclinés en chansons. C'est drôle, tendre et frais.

L'ECOLE EN CHANSONS

Ils sont 7 sur scène. Jamais les mêmes deux soirs de suite puisque le spectacle tourne avec 14 artistes qui jouent en alternance. Ils déploient une telle énergie qu'on les croirait plus nombreux. Avec humour, tendresse et parfois nostalgie ils nous replongent dans nos souvenirs d'école. La maîtresse si douce et si jolie que tous les élèves en sont amoureux, le ou la proviseur(e) revêche et sévère, la amours naissants et adolescents du collège, le prof craquant du lycée ou les profs qui craquent, les jeux de la cour de récré, les choix délicats de la cantine, tout y est.

On s'identifie à ces élèves qui chantent et jouent nos souvenirs et nos émotions. Les voix se complètent. Chaque chanson est un tableau mis en place à vue avec quelques accessoires (des cubes, quelques pièces de vêtement, un tableau noir). Jacques Prévert, Yves Duteil, Anne Sylvestre, Maxime le Forestier, etc : 18 chansons plus ou moins connues qui s'enchaînent, traversent le temps dans une progression forte en images et émotions.

Après le couple dans "De la bouche à l'oreille" puis la famille dans "Album de famille", la compagnie du Sans Souci nous parle d'éducation, de transmission, de filiation. Toujours dans la bonne humeur, non sans lancer quelques idées bien vues. Un spectacle qui parle à tous car nul n'a échappé au système scolaire.


Les talents mixtes et complémentaires de cette compagnie jeune et dynamique séduisent par leurs qualités musicales, leur jeu d'acteur et la fraîcheur de la mise en scène. Pastiches, parodies ou scènes plus sensibles nous font passer un très agréable moment.

En bref : Une comédie en musique qui nous ramène tous avec plaisir sur les bancs de l'école. Chansons et musique live par une bande de comédiens drôles et sensibles. Un très joli spectacle à voir en famille

Carnets de notes, par la Compagnie du Sans souci, mise en scène Mariline Gourdon Devaud et Isabelle Turschwell, avec en alternance Stéphanie Cavaillès ou Emilie Hédou, Mariline Gourdon ou Vrigine Bracq, Laurent Labruyère ou PMhilippe Gouin, Vincent Hédou ou Christophe Charrier, Isabelle Turschwell ou Anaïs Ancel, Nessim Vidal, Camille Voitellier ou Anne Louise de Segogne, lumières Jacq Bidermann, costumes Magali Murbach

POUR EN SAVOIR PLUS

Avec Culturebox plongez dans les coulisses de la création du spectacle.
Une série de 4 reportages à découvrir en cliquant ICI

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Lucernaire
53 Rue Notre Dame de Lorette 75006 Paris

Jusqu'au 21 janvier 2018
Du mardi au samedi 19h - Dimanche 16h


jeudi 28 décembre 2017

APRES LA PLUIE

FUMEURS EN QUÊTE D'ESPOIR
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Lilo Baur met en scène un texte du Barcelonais Sergi Belbel. Une comédie satirique sociétale qui nous parle de pouvoir, de rapport hommes / femmes, de séduction, de transgression des interdits, de désir, de plénitude et de vide.

UN FUTUR AU BORD DE L'APOCALYPSE

L'action se situe dans un futur suffisamment proche pour être crédible malgré le côté "fantastique" de la situation. Depuis deux ans pas une seule goutte de pluie n'est tombée. La sécheresse qui règne dans la nature semble avoir gagné le cœur et l'esprit des êtres humains. Dans cette entreprise de la finance où il est interdit d'être fumeur la terrasse du 49ème étage de l'immeuble est le lieu de toutes les transgressions. Lieu de rendez-vous des fumeurs c'est aussi celui où les différents niveaux hiérarchiques se croisent et se transforment. Espionnage, peur de la dénonciation, espace où la parole et les corps se libèrent, fuyant le carcan inhumain qui sévit dans les étages.

Dans cette vision d'une société raidie par la peur, les rapports entre hommes et femmes, entre chefs et subalternes ne sont plus les mêmes. Sur cette terrasse, le temps d'une cigarette subversive, les luttes de pouvoir se révèlent au grand jour. Jalousie, séduction, pouvoir, trahison, messes basses, rumeurs, règlements de comptes : la terrasse est le lieu de tous les possibles.

Les rapports hommes / femmes, assez stéréotypés, s'inversent. Les hommes vidés de leur utilité : ce chef qui n'est plus rien dès lors qu'il est dépouillé de sa paternité en conséquence de son divorce, l'heureux homme marié soumis au harcèlement des secrétaires et réduit à néant par la disparition de sa femme, le coursier au physique moyen porté aux nues pour ses performances sexuelles. Les femmes qui semblent sottes et soumises sont les maîtresses du jeu, sauf celle qui est trop peu sensible, trop masculine. Les trois secrétaires sont certes caricaturales et excessives, à l'exception de la brune (Anna Cervinka, dont la perruque gâche les expressions). Mais sans elles les chefs ne sont rien. Même la plus éthérée finira par sortir la tête haute.


ENTRE FANTASME ET RÉALITÉ

Réalité et fantasmes se croisent. Les inconscients s'expriment. Le cauchemar de chacun est-il la réalité de tous ? Cette atmosphère pesante, ce ciel que tous voudraient voir éclater pour libérer la pluie salvatrice, cette apocalypse qui menace. Lorsque la pluie arrive enfin tous auront trouvé leur vérité ou leur liberté.

Le décor et les lumières jouent de la confusion des esprits. Les excroissances translucides qui sortent du mur de fond de scène surplombant partiellement cette terrasse exiguë et encombrée permettent des effets de lumière magnifique, jouant avec les éclats chauds ou froids, étincelants ou ternes. Le fond sonore manque parfois de subtilité mais dans l'ensemble est en résonance avec l'action.

Quant aux 8 comédiens et comédiennes qui sont les protagonistes de ces aventures un peu cauchemardesques, on remarque plus particulièrement Anna Cervinka étourdissante secrétaire écervelée, Clotilde de Bayser en rousse explosive, la toujours excellente Cécile Brune et une Véronique Vella maîtresse de son destin malgré ses rêves évanouis. Les hommes ne sont pas en reste : Alexandre  Pavloff est d'un grand naturel dans le rôle du chef malmené par son divorce, Nazim Boudjenah est un excellent coursier poursuivi par les ardeurs des secrétaires, et Sébastien Pouderoux est touchant dans son désir de droiture dans un environnement névrosé.

En bref : Sans en faire un chef-d'oeuvre, Lilo Baur et la troupe de la Comédie Française s'emparent avec réussite du texte de Sergi Belbet. Une satire sociétale grinçante à ne pas prendre au premier degré, qui nous parle de pouvoir et de rapports entre hommes et femmes. Une thématique très d'actualité.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française / Théâtre du Vieux Colombier
21 Rue du Vieux Colombier 75006 Paris
Du 29  novembre 2017 au 7 janvier 2018
Durée : 1h45


Vu Décembre 2017

Crédit photo @Brigitte Enguerrand

lundi 11 décembre 2017

BELLA FIGURA

YASMINA REZA S'ENLISE DANS LA VACUITÉ DE SES PERSONNAGES
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Un couple adultère qui croise la meilleure amie de la femme trompée, des vies qui patinent, une classe privilégiée qui perd les pédales : malgré la qualité de jeu d'Emmanuelle Devos la nouvelle pièce de Yasmina Reza s'enlise dans les clichés et l'ennui. Dommage


DES VIES QUI PATINENT

Boris et Andréa sont amants depuis si longtemps qu'ils ressemblent à un vieux couple qui n'a plus rien à se dire. Pourquoi ce soir-là a-t-il choisi de l'emmener dans un restaurant recommandé par sa femme ? Pas surprenant dès lors qu'arrivés sur place ils se retrouvent nez-à-nez avec Françoise, la meilleure amie de l'épouse trompée, qui est venue en famille fêter l'anniversaire de sa belle-mère.  La soirée s'annonce calamiteuse pour chacun des protagonistes.

Yasmina Reza met régulièrement en scène les travers de la bourgeoisie. On se souvient des très réussis Art (repris en janvier 2018 au Théâtre Antoine) ou encore du Dieu du carnage adapté au cinéma par Roman Polanski. Sa plume affutée sait souvent dresser des portraits fins, travaillés, percutants, et mettre en scène des situations d'une absurdité criante de vérité. Las Bella Figura nous laisse sur notre faim. Les personnages de cette bourgeoisie de province sont caricaturaux. Boris (Louis-Do de Lencquesaing) est un chef d'entreprise au bord du dépôt de bilan, Françoise (Camille Japy) une amie de la famille plus coincée qu'une nonne, Eric (Micha Lescot) un fils dépassé par la situation dont il semble se moquer complètement, Yvonne (Josiane Stoléru) perd la tête et Andréa (Emmanuelle Devos) une maîtresse en colère qui essaie de surnager au-dessus de ce chaos.

UNE MISE EN SCÈNE SANS PROFONDEUR

Sauf qu'il ne sort rien de cette soirée qui traîne en longueur, ci ce n'est un profond ennui généré par le vide des personnages qui ne avent pas commun gérer l'absurdité de leur vie et de la situation. Le texte et la mise en scène de Yasmina Reza manquent cruellement de profondeur. Les changements de décor se font au son d'une musique assourdissante. L'action tourne en rond. Les acteurs eux-même semblent en manque d'inspiration. Micha Lescot traîne son long corps, ses longs bras et ses longues mains sans énergie. Josiane Stoléru est une caricature peu crédible de femme au cerveau en déliquescence. Camille Japy s'énerve stérilement, sans trop y croire. Seule Emmanuelle Devos tire péniblement son épingle du jeu en donnant un peu de vie à Andréa.

En bref : Pour retrouver le talent de Yasmina Reza on attendra janvier pour retrouver Art au théâtre Antoine. Quand à Bella Figura, le talent d'Emmanuelle Devos ne suffit pas à sauver un texte et une mise en scène qui manquent de profondeur.

Bella Figura, texte et mise en scène de Yasmina Reza, avec Emmanuelle Devos, Camille Japy, Louis-Do de Lencquesaint, Micha Lescot, Josiane Stoleru

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
2 bis Avenue Franklin Rooseveldt 75008 Paris
du 7 novembre au 31 décembre 2017
Du mardi au samedi 21h - Dimanche 15h


Crédit photo @Pascal Victor
Vu Novembre 2017 - Théâtre du Rond Point

dimanche 10 décembre 2017

EDDY MERCKX A MARCHE SUR LA LUNE

DE LA DESTINE ET DE LA VIE !

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Avec sobriété et une pointe de légèreté Armel Roussel construit un un spectacle qui cache derrière un grain de folie une jolie réflexion sur le sens de la vie, seul ou en groupe, sur la filiation et la destinée, avec une dizaine de comédiens au naturel éblouissant.

AMSTRONG, MERCKX, LA LUNE, UN VELO, MAX ET JULIA

Auriez-vous imaginer rapprocher le destin du coureur cycliste Eddy Merckx de celui de l'astronaute Niel Amstrong ? Cela vous semble incongru ? Et pourtant ! Sur le plateau nu les comédiens, venant du public et des coulisses, prennent place, saluent le public, commencent à nous interpeller. Arrive un spectateur en retard. Le groupe l'intègre dans son accueil. Un poème, une histoire qui commence à se dérouler. Des destins qui se croisent. Il y a Pierre et Angèle, les parents de Max, et un point de départ : le 20 juillet 1969.  Ce jour-là l'auteur Jean-Marie Piemme raconte avoir assisté à deux événements retransmis par la télé : la première victoire d'Eddy Merxck dans le Tour de France et le premier pas d'une homme sur la lune. Max est alors enfant. Plus tard il y aura Julia, et sa bande d'amis. Des histoires d'amour, de filiation qui croise la grande Histoire, celle qui s'écrit avec un grand H, celle qui marque à jamais l'inconscient collectif de toute un génération.


Eddy Mercxk a marché sur la lune, c'est une histoire d'hommes et de femmes confrontés à la difficulté de vivre en groupe, en couple, seul, et qui sont rattrapés par un moment historique qui va marquer profondément la société, changer les êtres et le peut-être le cours de l'histoire. En tout cas qui changera le regard que chacun porte sur sa vie et sur le monde.


UN FORMIDABLE TRAVAIL DE TROUPE

La mise en scène d'Armel Roussel est fluide, énergique, brillante. Les comédiens s'emparent successivement des différents rôles, sans que ceux-ci soient définitivement attribués à l'un ou à l'autre. Ils nous emportent dans le tourbillon de la vie, sur les pas de ces jeunes gens qui ont des rêves qui se fracassent parfois contre la réalité de la vie, les transformant en désillusions. Dans ce mouvement où acteurs, personnages et spectateurs sont comme les vies qui s'entrecroisent. Un spectacle qui parfois décontenance le spectateur, lequel se laisse happer par ces sauts de puce, ces bonds en avant ou en arrière dans le temps, pour finir par être totalement séduit par ces destins croisés dans lesquels il se retrouve. Un spectacle qu'il est impossible de raconter, qui se vit et se découvre.

Au détour de ces destins ou règne un joyeux grain de folie, on s'interroge sur le sens de la vie. Que reste-t-il de Mai 68 ? Qu'avons-nous fait de la planète ? Que sont nos rêves devenus ? Qu'est-ce qui nous pousse (ou pas) à la révolte ? Pas de nostalgie ni de leçon, juste une réflexion, des constats qui ne se veulent ni accusateurs ni moralisateurs, et surtout une grosse dose de fraîcheur et d'optimisme. 

Il y a surtout un formidable travail de troupe. Tous sont d'un naturel éblouissant. Dans ce travail choral les scènes s'enchaînent avec fluidité. Un accessoire et celui qui était Max devient Pierre, ou Julia. Sans parler de la bande son extrêmement bien réussie. Un jeu collectif, à l'unisson, passionnant, qui nous porte et nous donne envie de continuer à croire en nos rêves.

En bref : Armel Roussel s'empare avec fougue du texte de Jean-Marie Piemme et nous interpelle sur le vivre ensemble et le sens se nos vies. Un travail de troupe brillant porté par onze comédiens au naturel étonnant. Un grain de folie, un brin de fraîcheur et une grande bouffée d'optimisme. Du beau théâtre.

Eddy Merxck a marché sur la lune, de Jean-Marie Piemme, mis en scène par Armel Roussel, avec Tom Adjibi, Romain Cinter, Sarah Espour, Sarah Grin, Julien Jaillot, Antonin Jenny, Pierre-Alexandre Lampert, Vincent Minne, Nathalie Romanes, Sophie Sénécaut, Aymeric Trionfo

C'EST OU ? C'EST QUAND ?


C'était au Théâtre Paris Vilette
Parc de la Vilette 75019 Paris
Jusqu'au 2 décembre

C'est au Théâtre des Tanneurs à Bruxelles jusqu'au 16 décembre 2017


dimanche 26 novembre 2017

CA VA ?

CA VA PLUTÔT BIEN ! ET VOUS ?
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"Ça va ?" Ces deux petits mots que l'on prononce quand on croise une connaissance, sans vraiment attendre de réponse, et qui nous laissent surpris quand il y a du répondant en face. Jean-Claude Grumberg s'empare de ces deux syllabes pas si anodines pour base d'une succession de saynètes où il laisse sa plume à la fois tragique et drôle s'exprimer avec gourmandise.

Cocasses, décalées, les situations se suivent tambour battant. La mise en scène de Daniel Benoin est dynamique, vive, sans temps mort. Les trois comédiens se passent le relais de duo en duo. Des trois Pierre Cassignard se démarque en en faisant des tonnes, dans un sur-jeu qu'on lui pardonne aisément tant il accentue le comique du texte ou de la situation.

Le joli décor de Jean-Pierre Laporte, fait de panneaux de voile peints dans des tons noir/blanc/gris fait des clins d’œil à Montmartre, au Sacré-Cœur et au Théâtre de l'atelier

En bref : une petite heure de détente pour bien commencer la soirée. Sans être un grand spectacle Ca va permet de passer un moment agréable, sans prise de tête, avec un texte à l'humour pointu porté par un trio complémentaire. Et passer un bon moment de détente c'est déjà pas si mal.

Ca va ? de Jean-Claude Grumberg, mise en scène Daniel Benoin, avec Pierre Cassignard, François Marthouret, Eric Prat


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
Jusqu'au 3 décembre 2017
Du mardi au dimanche 18h30

dimanche 5 novembre 2017

DISABLED THEATER

TOUS DANSEURS, TOUS TALENTUEUX***


Le Festival d'Automne 2017 met à l'honneur le chorégraphe Jérôme Bel avec un portrait en 8 tableaux. Après GALA j'ai choisi DISABLED THEATER, un travail entrepris avec les suisses de la compagnie Hora. Une troupe composée d'acteurs porteurs d'un handicap mental. Avec cette création de 2012 Jérôme Bel poursuit son travail de déconstruction des codes de la danse. Un spectacle qui émeut et interpelle le public.


"DÉCONSTRUIRE LE SPECTACLE"

"Disabled Theater tire à boulets rouges sur ce que l'on pourrait appeler l'idéologie de la capacité, la compétence supposée des acteurs valides, au sens de "ceux qui sont validés par l'institution", dans un souci d'expérimentation politique et artistique". Voilà ce que nous dit le programme du Festival d'Automne. Je ne vois pas de meilleure introduction pour parler de ce spectacle "spécial" comme le qualifie l'une des comédiennes, en tout cas totalement hors normes et qui s'inscrit totalement dans le travail de déconstruction du spectacle qui qualifie l'oeuvre de Jérôme Bel.

Le spectacle est introduit par l'assistante à la mise en scène qui tout au long transmettra les consignes du chorégraphe et traduira en français pour le public les adresses en suisse allemand faites aux artistes. Onze acteurs suisses vont évoluer devant nous. Comme pour GALA le spectacle se découpe en plusieurs parties. Pour commencer chacun se présente seul au public devant lequel il restera debout 1 minute. Certains se prêtent volontiers à l'exercice, d'autres écourtent voir évite l'exercice. Un exercice classique en cours de théâtre. Certains sont actifs, établissent un contact avec le public, d'autres sont statiques. C'est long une minute. Et on ne peut s'empêcher de se mettre à la place de ces acteurs et de se demander comment on réagirait face à ces dizaines, centaines de regards braqués sur soi.

"PLACER LE SPECTATEUR FACE A SES RESPONSABILITÉS INTERPRÉTATIVES"

Ils reviennent ensuite se présenter, toujours un par un. Nom, prénom, âge, profession. Puis chacun il est demandé à chacun de présenter son handicap. Les personnalités commencent à se dégager. "Je ne sais pas" dit l'une, "trisomie 21" dit l'autre. Certains nomment leur handicap, d'autres parlent d'une aspect : lenteur, doigts dans la bouche, agressivité. Une façon de montrer l'unicité de chacun. Une approche qui veut aussi confronter le spectateur à sa façon d'appréhender cette différence. Car comme pour GALA l'objectif de Jérôme Bel est de créer "une fenêtre ouverte sur une culture [ et placer] le public face à ses responsabilités interprétatives" (J. Bel). Autrement dit, si je suis gênée par ces artistes handicapés n'est-ce ma façon de voir le handicap que je dois remettre en cause plutôt que trouver un côté freak-show à ce spectacle ? Car oui, DISABLED THEATER confronte le spectateur à lui-même. Les questions n'ont pas arrêté de tourner dans ma tête : que ferai-je à sa place ? Pourquoi cette émotion inattendue et dérangeante ? Qu'est-ce que ce spectacle me dit de moi ? de la société ? Certaines réponses sont apportées par les artistes eux-mêmes, interrogés par le metteur en scène sur leur ressenti de ce spectacle. Certains expriment leurs sentiments, d'autres ceux de leur famille.

Lorsque les comédiens se lancent un par un dans leur solo de danse c'est un flot de joie et de bonheur qui traverse la salle. Une onde de liberté. Le public réagit, accompagne, tout comme les 10 autres assis sur leur chaise. Pas de contrainte, pas de recherche de la perfection, juste le bonheur pur et simple de danser pour le plaisir, de s'exprimer, de laisser libre cours à son tempérament. Ils nous touchent par leur sincérité, leur authenticité, même si les improvisations du travail de base ont laissé place à des impro travaillées, écrites. Et on regrette qu'il n'y ait que des solos et pas de travail de groupe pour ces artistes qui ont l'habitude de travailler au sein d'une troupe. 

En bref : un spectacle touchant et perturbant, qui place le spectateur face à lui-même. Une oeuvre charnière dans le travail de Jérôme Bel. Un travail de sociologue autant que de chorégraphe.

Disabled Theater, concept Jérôme Bel assisté de Maxime Kurvers, de et par Remo Beuggert, Gianni Blumer, Damian Bright, Matthias Brücker, Nikolai Gralak, Matthias Grandjean, Julia Hüsemann, Sara Hess, Tiziana Pagliaro, Simone Truong, Fabienne Villiger, Chris Weinheimer, Remo Zarentonello, dramaturgie Marcel Bugiel


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Festival d'Automne
Théâtre de la Ville - Espace Cardin
Avenue Gabriel 75008 PARIS
Du 3 au 6 novembre 2017

Vu Novembre 2017 - Théâtre de la Ville / Espace Cardin
Crédit photo @ Hugo Glendining